Deux chaussures qui se ressemblent en vitrine peuvent n'avoir rien en commun une fois au pied. La différence se joue dans des détails que les fiches produit mentionnent en abrégé : un chiffre en millimètres, un nom de mousse, une forme de crampon. Ce guide explique ces termes, puis ce qu'ils changent selon le sport.

L'anatomie d'une chaussure

Toutes les chaussures de sport reposent sur la même architecture, en quatre couches.

  • La tige est la partie supérieure, celle qui enveloppe le pied. En running, c'est le plus souvent un mesh (maille textile) léger et respirant. Pour les sports de salle ou le tennis, on y ajoute des renforts sur les côtés pour tenir le pied lors des appuis latéraux.
  • Le contrefort est la coque rigide cachée à l'arrière, autour du talon. Il stabilise le pied à l'atterrissage.
  • La semelle intermédiaire est la couche de mousse entre le pied et le sol. C'est elle qui amortit les chocs et rend une partie de l'énergie. C'est aussi la pièce la plus chère à concevoir et celle qui s'use le plus vite.
  • La semelle extérieure est la gomme au contact du sol. Son dessin et sa dureté déterminent l'adhérence et la durée de vie.

L'amorti : une question de mousse

La semelle intermédiaire est faite de mousse, et toutes les mousses ne se valent pas.

  • L'EVA est la mousse historique : légère, bon marché, mais elle se tasse avec le temps.
  • Le TPU expansé, formé de petites billes soudées, est plus lourd mais très durable et garde son rebond par temps froid.
  • Les mousses à base de PEBA (un élastomère issu de la famille des polyamides) sont les plus légères et les plus dynamiques. On les trouve surtout sur les modèles de compétition, au prix d'une durabilité moindre.

Une mousse fatiguée amortit moins, même si la chaussure a encore l'air neuve. Les fabricants et les magasins spécialisés situent souvent la durée de vie d'une chaussure de running entre 600 et 800 km, en fonction du poids du coureur et du type de mousse.

Le drop et la hauteur de semelle

Le drop est la différence de hauteur entre le talon et l'avant du pied, mesurée en millimètres. Une chaussure à drop 10 mm surélève le talon de 1 cm par rapport aux orteils ; une chaussure à drop 0 garde le pied à plat, comme pieds nus.

  • Drop élevé (8 à 12 mm) : il facilite une attaque par le talon et soulage le tendon d'Achille et les mollets. C'est le réglage classique des chaussures de running polyvalentes.
  • Drop faible (0 à 6 mm) : il pousse vers une attaque médio-pied et sollicite davantage les mollets.

Changer de drop se fait progressivement, sur plusieurs semaines, en alternant avec l'ancienne paire. Un passage brutal d'un drop de 10 mm à un drop nul est une cause fréquente de douleurs au mollet et au tendon d'Achille.

La hauteur de semelle (souvent appelée stack) est l'épaisseur totale sous le talon. Une semelle haute amortit davantage mais rend le pied moins stable dans les virages et sur terrain irrégulier.

Nike Vaporfly coupée en deux, montrant la mousse et la plaque carbone
Une Nike Vaporfly coupée en deux : la mousse PEBA et la plaque en carbone sont visibles en coupe.Photo : Seth James DeMoor, licence CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Les plaques carbone et les « super chaussures »

Depuis la fin des années 2010, les chaussures de compétition sur route associent une mousse très épaisse et très dynamique à une plaque rigide, le plus souvent en fibre de carbone, noyée dans la semelle. La plaque raidit la chaussure et guide le déroulé du pied ; combinée à la mousse, elle améliore l'économie de course, ce qui a fait tomber de nombreux records.

Ces chaussures ont obligé la fédération internationale à fixer des limites. En janvier 2020, World Athletics a plafonné à 40 mm l'épaisseur de semelle des chaussures de route utilisées en compétition d'élite, n'autorise qu'une seule plaque rigide, et exige que le modèle soit en vente au public depuis quatre mois.

Pour un coureur amateur, une chaussure à plaque n'a d'intérêt qu'en course ou en séance rapide. Elle coûte cher, s'use plus vite, et sa semelle haute et étroite demande des appuis solides.

Stabilité et pronation

La pronation est le léger affaissement du pied vers l'intérieur à l'atterrissage. Elle est normale : c'est l'un des mécanismes naturels d'amorti du corps. Pendant longtemps, les magasins ont classé les coureurs en « pronateurs » ou « supinateurs » pour leur vendre des chaussures correctrices.

La recherche a nuancé cette approche : le confort ressenti à l'essai reste l'un des meilleurs indicateurs pour choisir. Les chaussures dites « de stabilité », avec une base plus large ou une mousse plus ferme côté intérieur, restent utiles aux coureurs qui sentent leur pied s'effondrer en fin de sortie, ou en cas d'avis médical.

Ce qui change d'un sport à l'autre

Running sur route

L'enjeu est l'amorti et la légèreté. La semelle extérieure peut rester fine car le bitume est régulier. Voir les chaussures de running.

Trail

Le terrain impose d'autres priorités :

  • Des crampons de 3 à 6 mm de profondeur selon la boue attendue. Plus ils sont profonds, mieux ils accrochent en terrain gras, mais moins ils sont confortables sur les portions roulantes.
  • Un pare-pierres à l'avant pour protéger les orteils.
  • Parfois une plaque anti-roches, souple, qui protège la plante du pied des cailloux pointus.
  • Une semelle plus basse et plus large pour la stabilité dans les dévers.
Chaussures de trail Salomon Speedcross aux crampons marqués
Des crampons profonds, typiques des chaussures de trail pour terrain gras.Photo : Jjanhone, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Voir les chaussures de trail.

Training et fitness

En salle, on soulève des charges et on change de direction. Une semelle très amortie devient alors un défaut : elle rend l'appui instable. Les chaussures de training ont une semelle plutôt plate, ferme et large, avec un drop faible. Voir les chaussures de training.

Basket-ball

Le basket combine sauts, réceptions et changements d'appui brusques. Les chaussures privilégient :

  • le maintien de la cheville, par une tige montante ou un col rembourré ;
  • l'adhérence sur parquet, avec une semelle à motif en chevrons ;
  • l'amorti au talon et à l'avant-pied, pour les réceptions de saut.

Voir les chaussures de basket-ball.

Tennis et padel

Au tennis, le pied glisse et freine latéralement en permanence. La tige est renforcée sur les côtés et au bout (là où le pied racle le sol au service). La semelle dépend de la surface : motif en chevrons fins pour la terre battue, qui évite de garder la terre dans les rainures ; gomme plus dure et plus résistante pour le dur. Voir les chaussures de tennis et padel.

Football

Les chaussures de football sont classées par type de terrain, indiqué par un sigle :

  • FG (firm ground) : crampons moulés pour terrain naturel sec ;
  • SG (soft ground) : crampons vissés, souvent en partie métalliques, pour terrain gras ;
  • AG (artificial ground) : crampons courts et nombreux pour gazon synthétique ;
  • TF et IN : semelles à picots ou plates pour le stabilisé et la salle.

Utiliser des crampons vissés sur synthétique abîme le terrain et augmente le risque d'entorse.

Chaussures à pointes dorées de Michael Johnson exposées au Bata Shoe Museum
Les pointes dorées de Michael Johnson, exposées au Bata Shoe Museum de Toronto.Photo : rrafson, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Bien choisir sa taille

  • Essayez en fin de journée, quand le pied a légèrement gonflé, avec les chaussettes que vous porterez.
  • Gardez environ un centimètre entre le gros orteil et le bout de la chaussure : le pied avance à chaque foulée, surtout en descente.
  • Le talon ne doit pas se soulever quand vous marchez. S'il glisse, essayez un laçage plus serré au niveau des derniers œillets.
  • Une chaussure de sport ne se fait pas : si elle gêne en magasin, elle gênera à l'effort.

Les tailles varient d'une marque à l'autre, et parfois d'un modèle à l'autre chez la même marque. Avant d'acheter en ligne, comparez les guides des tailles et vérifiez les conditions de retour du vendeur.